Marion Vignaud, 40 ans, en quatrième position au classement mondial dans la discipline de l’attelage à un cheval, remportait la dernière qualificative pour le championnat du monde du Haras national du Pin à Chablis du 3 au 7 août. Rencontre avec l’un des piliers de l’équipe de France.

Comme de nombreux enfants, Marion découvre l’équitation dans un centre équestre, puis fait ses armes en compétition de saut d’obstacles et de concours complet. Découragée par la sévérité excessive d’un coach, elle s’éloigne des terrains pendant un an, mais la passion s’avère la plus forte. A dix huit ans, la jeune fille se rapproche à nouveau des chevaux, mais cette fois en attelage grâce aux chevaux Haflinger de son père Michel, président de l’association des Attelages de l’Yonne à Chablis où vit la famille Vignaud. Elle s’initie sans grande motivation à cette nouvelle discipline, mais la compétition éveille bientôt chez elle un véritable intérêt. Avec l’aide de son père, qu’elle convainc de concourir à ses côtés en épreuves de jeunes chevaux, Marion débourre puis forme ses propres poneys, puis ses chevaux avant de les présenter en concours, une stratégie à laquelle elle est restée fidèle. Les résultats ne se font pas attendre. Associée à son premier cheval, Winston W, un hongre KWPN fils de Marvel, qu’elle acquiert à l’âge de quatre ans, Marion aborde avec succès le niveau international dès 2012 alors que son partenaire, classé Elite sur le circuit jeunes chevaux à cinq et six ans, est âgé de neuf ans. A l’heure de la retraite, en 2018, Winston totalisait, sur une trentaine de compétitions internationales, quelques cinq victoires, quatorze podiums et cinq classements dans le Top 10, dont une médaille de bronze lors du championnat du monde de 2018 à Kronenberg.

L’attelage à un cheval, une passion

Marion, cavalière avant d’être meneuse, le confie, l’attelage à un cheval la passionne. « C’est une discipline bien spécifique dans laquelle les attentes sont très différentes de l’attelage en paire ou à quatre. Le dressage ressemble beaucoup à ce que l’on peut réaliser sous la selle, car nous disposons d’une simple paire de rênes, tandis qu’en attelage en paire le meneur dispose de croisières, ou double guides regroupées en une seule paire de rênes. En attelage à quatre, où le meneur utilise de longues guides, la synchronisation de l’ensemble prime sur le dressage pur du cheval. Je suis passionnée par le fonctionnement du couple que je forme avec mon cheval, par le fait de pouvoir aller au bout des choses, et de faire en sorte que la discipline se rapproche le plus possible de ce que l’on recherche sous la selle. » Marion l’explique, au stade de la formation, la clé est de commencer par mettre les codes en place sous la selle, en s’aidant beaucoup de la voix. Etape suivante, le travail à pied aux longues rênes, au cours de laquelle elle doit communiquer avec son cheval sans l’aide du poids du corps ni des jambes avant d’appliquer enfin les codes acquis au travail attelé, une longue évolution qui lui permet de parvenir avec de moins en moins d’aides à reproduire ce qu’elle obtient sous la selle. « La connexion avec le cheval est cruciale, car dans la mesure où nous sommes dépourvus de nos aides, à part les rênes et le fouet, il est essentiel que le cheval soit totalement en confiance et très à l’écoute, faute de quoi l’exercice pourrait se transformer en épreuve de force. »

Les trois tests, un challenge

Outre la recherche de connexion avec son cheval, Marion apprécie particulièrement le fait que les épreuves d’attelage se déroulent sur trois tests, comme en concours complet, l’une de ses disciplines de prédilection à ses débuts. Elle l’explique « En dressage en général, l’équilibre avec un cheval est fragile, il l’est à fortiori en attelage car le cheval doit tirer une voiture. Obtenir des allures correctes, non détériorées par la traction, est un travail de longue haleine, d’autant que nous avons de plus en plus de pistes en sable qui offrent davantage de résistance au niveau des roues, et exigent un effort de traction supplémentaire. Dans l’épaule en dedans -figure dans laquelle le cheval est incurvé comme sur un cercle à droite mais se déplace en ligne droite – le cheval peut s’incurver car ses épaules sont libres. Auparavant, nous avions des cessions à la jambe -le cheval se déplace de côté en croisant ses membres- une figure compliquée car les roues de la voiture ne se déplacent que vers l’avant et contraignait le cheval à pousser le brancard du côté où il se déplaçait, ce qui n’était pas très logique. La reprise de dressage comporte toutes les transitions et variations d’allures, ainsi que du reculer comme en dressage monté. Il était question que les changements de pied au galop soient intégrés à la reprise, mais l’attelage est une discipline assez ancienne, qui peine à évoluer. La plupart des chevaux sont de race hollandaise, issus des chevaux de travail, ou des trotteurs qui éprouvent des difficultés au galop. Tant que la cavalerie n’est pas constituée d’une majorité de chevaux de type dressage, il est compliqué de demander des changements de pied au galop. Pour le moment, nous effectuons des transitions galop-trot et trot- galop, ce qui n’est pas une préparation idéale pour les changements de pied, mais l’exercice actuel est adapté à la majorité des chevaux. On attend du cheval qu’il soit expressif sur le dressage, qu’il reste en équilibre, tandis que sur le marathon, on lui demande de se mettre un peu à plat, d’aller vite, mais aussi de faire preuve de force et de réactivité. L’épreuve de maniabilité exige un cheval très bien préparé physiquement qui doit pouvoir récupérer de l’effort de la veille sur le marathon, être à l’écoute, disponible et très précis pour boucler un parcours sans faute et rapide. La vitesse exigée est de plus en plus importante, à savoir 250m/minute, ce qui est parfois très difficile à réaliser selon les tracés. Les parcours sans faute dans le temps sont de plus en plus rares, car nous avons des demi-tours, zig zags et autres serpentines dans lesquels il faut passer au ralenti, qui nous oblige à faire des pointes à 280m/minute sur certaines sections du parcours. La maniabilité est souvent le juge de paix de la compétition » conclut Marion.

First Quality, un mental de champion

En 2013, alors que Winston enchaîne les performances sur le circuit international, Marion songe à la relève, et se rend aux Pays Bas où elle acquiert First Quality, un hongre bai foncé KWPN, fils de Gribaldi, alors âgé de trois ans et tout juste débourré sous la selle. Rapidement, le jeune espoir destiné par son pedigree au dressage, découvre l’attelage. « Son plus gros point fort est son mental », confie Marion. « Il est très bien dans sa tête, il a beaucoup de sang, mais reste disponible. Je l’ai formé depuis ses tout débuts, comme je le fais avec tous mes chevaux. Je les choisis jeunes, je les débourre, je les forme sur le circuit jeunes chevaux sous la selle et en attelage, en prenant bien le temps de les construire, ce qui me permet de connaître parfaitement leurs acquis et leurs compétences. » First Quality, âgé aujourd’hui de douze ans, est totalement différent de son précédent partenaire Winston, auquel elle rend hommage pour lui avoir permis d’évoluer au fil des années. « First s’est bien adapté à l’évolution de la discipline, notamment du dressage où nous avons de plus en plus de galop, de trot rassemblé, et de travail de deux pistes, qui me permet de le mettre en valeur. J’ai eu la chance de tomber sur la perle rare. » Eduqué avec soin et bienveillance, First Quality enchaîne à son tour les succès au fil des saisons, dans les épreuves réservées aux jeunes chevaux, puis dans les compétitions internationales jusqu’au plus haut niveau. Sur les vingt cinq épreuves qu’ils disputent, First et Marion totalisent dix victoires, dix podiums, et cinq places d’honneur, dont une très belle quatrième place lors du dernier championnat du monde de Pau en 2021. La saison 2022 se présente sous les meilleurs auspices, puisque lors du CAI3* de Kronenberg en avril, le couple décrochait la victoire, et se classait en deuxième position au CAI3* de Saumur début juin. Depuis, Marion, perfectionniste, a participé à un concours national pour procéder à quelques réglages, tandis qu’elle remportait la dernière épreuve qualificative pour le championnat du monde du Haras du Pin, organisé par la famille Vignaud, à Chablis du 3 au 7 août. « L’enjeu de ce concours est très important » confie Marion, qui en dépit d’un palmarès à faire pâlir plus d’un meneur, poursuit sa préparation avec rigueur. «  Je me concentre sur la maniabilité au moins une fois par semaine sur un parcours mesuré et chronométré, pour être dans le rythme requis sur les concours. Je dois être vigilante, car First a beaucoup de sang et il a tendance à s’échauffer si je répète trop souvent l’exercice. Il m’appartient d’enchaîner des parcours pour être dans le coup, tout en le gardant froid dans sa tête et à l’écoute même s’il a envie de se prendre au jeu. »

Le Pin, un parcours familier

Depuis cinq ans, Marion participe chaque année au concours du Haras du Pin. Elle l’observe, le marathon est reconnu pour être physique, en raison des dénivelés, comme c’est souvent le cas en France, mais aussi car il est situé dans une cuvette, et qu’il peut faire chaud en fonction de la météo.  La championne se dit pressée de tester les magnifiques installations réalisées récemment, dont la grande piste en sable au pied du château « très bien gérée par les équipes de l’organisation, qui se prête parfaitement à la pratique de l’attelage comme du saut d’obstacles. Nous faisons confiance à l’organisation qui a mené à bien le championnat du monde d’attelage à un poney l’année dernière. Par ailleurs, pratiquement tous les obstacles proviennent des Jeux Equestres Mondiaux et sont de grande qualité. » En attendant, Marion, qui seconde son mari viticulteur à Chablis, poursuit la préparation de son cheval de tête, continue à former deux jeunes espoirs de cinq ans, et profite pleinement au quotidien de cette discipline dont la beauté tient au partage qu’elle permet avec la famille et les amis, à l’entraînement comme en compétition.