Benjamin Aillaud, 45 ans, médaillé d’argent individuel en 2019 lors du Championnat d’Europe de Donaueschingen (All), actuellement 10ème au classement mondial en attelage à quatre chevaux, intégrait en novembre 2020 la commission attelage de la Fédération Equestre Internationale (FEI). Coup de projecteur sur ses missions.

Quel est votre rôle au sein de cette commission ?

La commission est composée de juges, stewards, délégués techniques et chefs de piste. Mon rôle consiste à apporter un regard technique en tant que meneur et à faire remonter les problématiques rencontrées sur le terrain. Ma volonté première est de remettre le cheval au centre des règles de la discipline et de veiller aux notions d’éthique sportive. Il existe actuellement un questionnement général quant aux exercices demandés aux chevaux. Au même titre que toute autre discipline, l’attelage se doit de s’interroger sur les questions de bien-être animal.

Quelles sont les principales difficultés sur l’épreuve de dressage ?

Sur un enchaînement de figures, les juges évaluent à la fois l’état d’esprit du cheval dans son travail, son relâchement, sa connexion avec le meneur et la qualité de sa locomotion. On trouve dans une reprise de dressage attelée tous les exercices demandés sous la selle. En attelage à quatre, la plus grande difficulté est de créer des harmonies d’attitude, de rythme et de cadence entre des individus différents. Les mouvements les plus complexes sont l’épaule en dedans, les arrêts suivis d’un nombre de pas déterminé de reculer en conservant la ligne droite, en conservant les chevaux sur la main. En attelage en paire comme à quatre, les courbes sont délicates, car le cheval placé à l’extérieur parcourt davantage de distance que l’autre. Il doit être en mesure, selon les changements de direction, d’augmenter ou de réduire son amplitude sans changer de rythme. Les attelages solo travaillent sur les changements de pied, et sur toutes les formes de transitions et de variations d’allure, comme par exemple du galop au trot rassemblé. Par ailleurs, incurver un seul cheval attelé n’est pas toujours simple, surtout sans l’aide du poids du corps et des aides qui l’encadrent, donc la tâche est d’autant plus complexe à deux ou à quatre. Le tracé de la reprise de dressage en attelage solo a été modifié en 2021, celui des attelages à quatre sera révisé en 2023.

Qu’en est-il du marathon ?

Nous réfléchissons actuellement aux règles concernant la trajectoire dans les obstacles, les dimensions des portes et les distances qui les séparent. Certes, étant donné sa conformation sans clavicule, le cheval tracte plus facilement qu’il ne porte. Toutefois, même s’il n’est pas chargé du poids du cavalier, il ne faut jamais perdre de vue qu’il tire une voiture. Or actuellement, le degré des courbes est parfois supérieur à 90°, ce qui bien sûr occasionne des efforts importants, surtout à grande vitesse. Certains tracés mettent davantage les chevaux en difficulté que les meneurs. On a déjà vu en compétition des attelages à quatre contraints de s’enrouler autour d’un cube d’un mètre cinquante de côté, sur une trajectoire de quatre à cinq mètres de diamètre. Je préconise, sur les courbes, de ne pas descendre en dessous de huit mètres de diamètre pour un attelage à quatre. Il faut suffisamment de technique pour que le parcours ne soit pas juste une course, mais sans difficulté excessive, afin de préserver le respect du cheval. Par ailleurs, il est fondamental que les jeunes chefs de piste soient formés et encadrés pour éviter l’écueil des trajectoires trop contraignantes pour les chevaux. Leur responsabilité est essentielle dans le bien-être et le respect du cheval.

Plus largement, quels sont vos thèmes de réflexion ?

Nous menons une réflexion sur les embouchures, le type d’enrênements, les formats d’épreuves, en plaçant le bien-être du cheval et l’équité sportive en priorité, afin de veiller à ce que l’un des trois tests ne prime pas sur les autres. La compétition ne doit pas former des champions de dressage, de marathon ou de maniabilité, mais mettre en valeur des athlètes complets, qu’il s’agisse des chevaux comme des meneurs. L’équilibre entre les trois épreuves est fondamental, fait l’objet d’une réflexion globale, et suppose la mise en place sur le terrain de très nombreux paramètres techniques et réglementaires. C’est pourquoi la commission doit être composée de regards et de compétences multiples.

Quelles sont les spécificités de l’attelage à un cheval ?

C’est une discipline très comparable au concours complet d’équitation. Le meneur est accompagné de son co-équipier. C’est une équipe resserrée où le cheval est seul à assumer toute la charge, tandis qu’en attelage multiple, les chevaux peuvent se reposer les uns sur les autres pendant quelques secondes, ce qui donne une véritable respiration à l’ensemble. Le travail en collectif est un élément très favorable à l’instinct grégaire du cheval, car la compagnie de ses congénères le rassure. Le cheval solo doit être mentalement généreux, motivé et calme. Il faut beaucoup de temps pour construire un cheval d’attelage que l’on forme à partir de l’âge de cinq ou six ans et qui accède au haut niveau à partir de l’âge de dix ans. Un attelage abouti est une merveille d’orfèvrerie qui doit être contenue dans la délicatesse.